Entre août et septembre 2026, l’actualité de l’EUDI Wallet est passée des règles à l’échelle européenne à leur mise en œuvre par les États membres.
Dans cet article, nous allons passer en revue les évolutions de ces deux mois : le décret italien, la conférence GDC26 de Genève et ce que France Identité y a présenté, les calendriers annoncés par l’Allemagne, la Roumanie et la Pologne, le vote du Parlement européen sur le portefeuille d’entreprise, puis les débats et les chiffres qui ont circulé en septembre.
Italie : les règles de l’IT-Wallet
Le 3 août 2026, l’Italie a publié au journal officiel le décret qui organise le système IT-Wallet et ses services (décret du 19 mars 2026, Gazzetta Ufficiale n° 178). Il complète un premier décret, publié le 23 juillet, qui approuve les lignes directrices du système et encadre sa phase d’expérimentation (décret du 17 juin 2026, Gazzetta Ufficiale n° 169).
Les Italiens disposaient surtout de documents numériques dans l’application IO. Ces nouveaux textes décrivent les conditions dans lesquelles le portefeuille italien va être mis en place, à savoir :
- qui exploite l’infrastructure ;
- qui fournit l’application ;
- qui peut proposer une solution concurrente ;
- le calendrier de mise en place.
Deux organismes publics sont chargés de la mise en œuvre, avec des rôles précis :
- l’IPZS, l’imprimerie nationale italienne, conçoit et exploite l’infrastructure centrale, tient le registre du système et fournit les attestations qui contiennent les données d’identification ;
- PagoPA réalise et exploite la solution publique, intégrée à l’application IO.
Les organismes privés devront, pour proposer l’EUDI Wallet en Italie, respecter les règles techniques et être enregistrés auprès de l’AgID, l’agence italienne du numérique.
Le calendrier s’étale sur dix-huit mois, d’après la présentation qu’en donne la presse juridique italienne (analyse du décret) :
3 août 2026 Ouverture progressive des fonctions et des enregistrements
3 août 2027 Date limite d'adhésion des administrations comme sources authentiques
3 février 2028 Émission des attestations par l'IPZS après vérification de la carte d'identité
Pour les usagers, ce décret définit qu’une administration qui reçoit une attestation électronique valide n’a plus à contrôler l’information auprès de la source d’origine. Une attestation de résidence présentée depuis le portefeuille vaut donc vérification, sans aller-retour avec la commune.
GDC26 : la conférence de Genève
Du 1er au 3 septembre 2026, la Global Digital Collaboration Conference (GDC26), organisée par la Confédération suisse avec une cinquantaine de co-organisateurs, dont le W3C, l’ETSI et l’Organisation mondiale de la santé (présentation par le W3C), a réuni à Genève plus de 2 000 participants, entre autres des gouvernements, des organisations internationales, des organismes de normalisation, des fournisseurs de portefeuilles, des banques et des compagnies aériennes.
Lors de la première journée, un état des lieux des portefeuilles et des attestations dans le monde a été dressé. Les deux suivantes portaient sur des séances de travail sur les formats, les protocoles, l’authentification et l’interopérabilité.
Deux points concernent directement l’EUDI Wallet :
- le pilote européen WE BUILD a montré un portefeuille d’entreprise qui gère l’identité d’une organisation, la délégation de pouvoirs et les paiements (annonce d’iGrant.io) ;
- les paiements ont occupé une large place, y compris les paiements déclenchés par un agent autonome, avec les questions de consentement, de plafond de dépense et de responsabilité (compte rendu de l’association néerlandaise des paiements).
Ce dernier point rejoint le sujet de l’article sur l’identité vérifiable des agents autonomes.
La question qui revient dans les comptes rendus est celle de l’interopérabilité. Chaque composant fonctionne isolément, mais les portefeuilles, les normes, les navigateurs et les solutions de paiement doivent aussi fonctionner ensemble.
France : France Identité à la GDC26
France Titres, l’agence qui développe l’application France Identité, était à Genève, où elle a animé douze sessions ou y a contribué, et présenté les avancées du futur portefeuille européen (actualité du 11 septembre).
L’agence coordonne également les activités du projet APTITUDE, l’un des pilotes européens à grande échelle, qui réunit plus de 140 partenaires de 14 pays. Trois sujets ont été mis en avant :
- le voyage, avec des justificatifs de voyage numériques (Digital Travel Credentials) testés à l’aéroport de Marseille-Provence ;
- les registres de confiance, qui permettent d’identifier les acteurs habilités ;
- la vérification de l’âge, avec une démonstration complète menée avec Google Wallet et Ingenico.
La cinquième édition d’EUDIW Unfold, la rencontre organisée par France Identité, a lieu les 7 et 8 octobre 2026 à Nimègue, aux Pays-Bas (page de l’événement). C’est l’occasion pour les partenaires qui travaillent sur France Identité ou avec elle de tester leurs outils avec l’environnement français.
Allemagne : le nom et la date de lancement
Le 9 septembre 2026, le ministre allemand du Numérique, Karsten Wildberger, a présenté le nom et le logo du portefeuille étatique allemand : d-you. La lettre « d » renvoie à la fois à « digital » et à « Deutschland », et « you » à l’utilisateur (communiqué du gouvernement allemand).
Le gouvernement allemand confirme un lancement le 2 janvier 2027, avec un usage volontaire et gratuit. Le périmètre de départ portera sur les données d’identification et les attestations électroniques. Quant à la signature qualifiée, aux pseudonymes et aux paiements, ils devraient arriver plus tard (Drucksache 21/7319).
Roumanie : le site et le calendrier de RO Wallet
Fin août, le ministère roumain de l’Intérieur a mis en ligne le site de RO Wallet et publié sa documentation technique (site officiel). Le portefeuille doit contenir d’abord la pièce d’identité, puis le permis de conduire et les diplômes.
D’après cette documentation, une version de test est prévue le 31 octobre, une version bêta réservée à un groupe restreint le 22 décembre, et la première version publique le 14 janvier 2027 (présentation du calendrier). Comme en Allemagne, cette date arrive après l’échéance européenne, ici de trois semaines.
Pologne : un environnement de test
Le 17 septembre 2026, le ministère polonais du Numérique a ouvert un environnement de test gratuit pour mObywatel Europa (annonce du ministère), qui s’adresse aux banques, aux assureurs, aux opérateurs, aux transporteurs, aux écoles et aux services de santé, qui devront accepter le portefeuille. On y trouve trois éléments :
- une application de démonstration ;
- des données d’identité fictives ;
- un outil de vérification accessible depuis un navigateur.
Suède et Pays-Bas : des calendriers plus longs
Deux États annoncent un calendrier qui dépasse nettement la fin de 2026.
En Suède, l’agence du numérique DIGG prévoit une première version de son portefeuille étatique, Sverige-ID, et un environnement de test en décembre 2026. Sa feuille de route vise un portefeuille prêt pour la certification en 2028 et certifié en 2029 (point d’étape d’août).
Aux Pays-Bas, le ministère de l’Intérieur a repoussé l’ouverture au public du NL Wallet à la fin de 2027, selon la presse néerlandaise (De Andere Krant). Les essais menés à Amsterdam et à Nimègue auraient montré que les participants voyaient peu d’avantages par rapport à DigiD, le moyen d’identification déjà en place.
Portefeuille d’entreprise : la position du Parlement
L’article de juin présentait l’European Business Wallet, le portefeuille destiné aux entreprises et aux organismes publics. Le Conseil avait arrêté sa position le 9 juin. Il manquait celle du Parlement.
Le 10 septembre 2026, la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie du Parlement européen a adopté son rapport et approuvé l’ouverture de négociations avec le Conseil (compte rendu d’Agence Europe, suivi de la procédure).
Les députés ont aussi formulé des exigences de souveraineté : tous les fournisseurs de portefeuille d’entreprise devraient être établis dans l’Union, et les informations de ces fournisseurs et de leurs portefeuilles ne devraient être conservées et traitées que sur le territoire européen.
Il reste encore des discussions entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Le Conseil a indiqué vouloir aboutir avant la fin de l’année.
Vie privée : les critiques des associations
En septembre, la presse a relayé les critiques de deux associations de défense des droits numériques, EDRi et epicenter.works, qui portent sur les projets d’actes d’exécution, c’est-à-dire les textes techniques que la Commission adopte pour appliquer le règlement (analyse d’epicenter.works).
Voici les cinq problèmes que ces associations dénoncent :
- un projet de la Commission obligeait chaque service à disposer d’un certificat, vérifiable par le portefeuille, indiquant les informations qu’il a déclaré vouloir demander aux utilisateurs ; néanmoins, le règlement d’exécution 2025/848 a rendu ce certificat facultatif, chaque État décidant de l’émettre ou non, ce qui entraîne un risque important de collecte de données personnelles ;
- le portefeuille permet de s’inscrire sous un pseudonyme lorsque la loi n’exige pas d’identification, par exemple sur un forum ; néanmoins, les projets de textes ne protègent ce pseudonyme qu’au moment de la connexion, et rien n’empêche le forum de demander ensuite le nom et la date de naissance de l’utilisateur, puis de le bloquer s’il refuse ;
- le projet de règlement d’exécution imposait à chaque portefeuille de contenir une photo du visage du titulaire, c’est-à-dire une donnée biométrique ;
- les grandes plateformes, obligées d’accepter le portefeuille européen pour la connexion, pourraient s’en dispenser avec leurs propres solutions, comme les passkeys de Google ou le trousseau iCloud d’Apple ;
- les mécanismes de révocation devraient seulement rendre difficile le suivi d’un utilisateur d’un service à l’autre, sans l’empêcher.
Chiffres de septembre : ce qu’ils valent
Le 16 septembre, Euronews a écrit, sans citer de source, que 24 États membres sur 27 manqueraient l’échéance du 24 décembre (article d’Euronews). Le même article reprend un bilan des pilotes financés par l’Union : 350 organisations, plus de 1 500 attestations émises et plus de 8 000 transactions transfrontalières.
Enfin, l’entreprise IDnow a publié une enquête menée en juin auprès de 2 000 adultes en France et en Allemagne. 63 % des personnes interrogées se disent plus enclines à utiliser le portefeuille si elles peuvent confirmer une information, comme leur âge, sans tout dévoiler (communiqué d’IDnow). L’enquête est commandée par un fournisseur de vérification d’identité.
Autres signalements
D’autres annonces de septembre restent à recouper avec des sources officielles :
- dans le pilote européen WE BUILD, l’entreprise Raidiam annonce un registre de confiance opérationnel pour les parcours de paiement et d’identité d’entreprise (annonce de Raidiam) ;
- en Croatie, Certilia Wallet est présenté comme la base du portefeuille national ;
- en Hongrie, l’application DÁP est confirmée comme voie vers le portefeuille ;
- en Norvège, l’agence Digdir dispose d’un environnement de test public ;
- au Portugal, en Finlande et au Liechtenstein, l’application ou le prestataire retenu sont précisés (point d’étape de septembre).
Limites
Je décris ici la situation au 30 septembre 2026. Un point important à remonter : un portefeuille ne devient un EUDI Wallet qu’après sa certification. On ne dispose pas des dates de certification pour l’Italie, la France, l’Allemagne, la Roumanie, la Pologne et les Pays-Bas.
Conclusion
Les dernières actualités montrent une évolution de la mise en place des différents portefeuilles. Plusieurs observateurs doutent que plus de quelques États puissent mettre à disposition un portefeuille d’ici la date butoir du 24 décembre 2026 (Biometric Update). Néanmoins, on observe des signes de mise en œuvre au sein des différents États : l’Italie encadre son portefeuille par décret, l’Allemagne et la Roumanie ont quant à elles fixé une date de lancement, et la Pologne ouvre ses tests aux entreprises.
La question importante de nos jours, celle qui a mené les discussions à Genève lors de la GDC, est de faire fonctionner ensemble ces portefeuilles conçus séparément et avec leurs spécificités territoriales.