L’EUDI Wallet, ou portefeuille européen d’identité numérique, sera le plus souvent une application sur téléphone. Cette application pourra contenir des preuves officielles : identité, âge, diplôme ou permis de conduire.
L’utilisateur pourra choisir ce qu’il montre. Pour prouver qu’il a plus de 18 ans, il pourra transmettre une réponse « oui » sans donner sa date de naissance.
Chaque État membre doit mettre à disposition au moins un portefeuille au plus tard le 24 décembre 2026. Cette obligation figure dans le règlement eIDAS 2.0.
Dans cet article, j’explique trois nouvelles de juin 2026. Elles parlent toutes de portefeuilles numériques, mais elles ne décrivent pas la même étape.
Comprendre le rôle de l’ETSI
L’ETSI est l’un des organismes européens qui écrit des règles techniques communes pour les télécommunications et les services numériques.
Un portefeuille français doit pouvoir être compris par un service danois, et inversement. Les deux systèmes doivent donc employer les mêmes formats et les mêmes règles d’échange.
Trois niveaux différents organisent ce travail. Les règlements européens fixent d’abord les obligations juridiques. L’Architecture and Reference Framework, ou ARF, décrit ensuite le fonctionnement général, avec les rôles, les données échangées et le modèle de confiance (documentation ARF). Les spécifications ETSI donnent enfin des détails techniques plus précis, comme les formats, les certificats, les protocoles et les listes qui indiquent quels acteurs sont reconnus.
Une comparaison permet de relier ces niveaux. L’ARF décrit qui doit échanger avec qui et dans quel contexte. Les spécifications ETSI fournissent la grammaire commune de cet échange. Deux applications peuvent être construites différemment, mais leurs messages doivent garder le même sens.
Le 11 juin 2026, l’ETSI a présenté un premier ensemble de plus de vingt-quatre spécifications pour l’écosystème EUDI Wallet. Les documents avaient été publiés progressivement depuis janvier (communiqué ETSI).
Pour une équipe technique, ces textes répondent à des questions concrètes. Quel format utiliser pour une preuve numérique ? Comment vérifier un certificat ? Comment savoir si l’organisation qui a produit la preuve est reconnue ?
La publication de ces spécifications facilite l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité de deux systèmes à échanger correctement. Elle ne suffit pas à garantir que tous les systèmes fonctionneront ensemble. Les tests continuent, notamment avec les Plugtests organisés par l’ETSI de mai à juin 2026. Le travail de l’ETSI se poursuivra en 2026 et 2027, notamment pour transformer certaines spécifications techniques en normes européennes (EAA Plugtests de l’ETSI).
Comprendre le portefeuille d’entreprise
Le cadre EUDI peut servir une personne, mais aussi une société. L’European Business Wallet est une proposition de la Commission européenne visant à adapter l’identité numérique aux besoins des entreprises et des organismes publics. Il complète le portefeuille européen d’identité numérique prévu par le règlement eIDAS 2.0, avec lequel son interopérabilité doit être garantie.
Le 9 juin 2026, le Conseil de l’Union européenne a arrêté sa position sur la proposition de la Commission (communiqué du Conseil). Le Parlement doit encore arrêter la sienne (suivi de la procédure). Le texte reste donc provisoire, mais ces premières positions permettent déjà de saisir l’ambition portée par la Commission et les grandes lignes du dispositif envisagé.
Le projet permettrait d’abord à une entreprise de disposer de données d’identification vérifiées et de conserver des attestations électroniques d’attributs, par exemple issues de registres officiels. Ces informations pourraient être vérifiées électroniquement et réutilisées dans différentes procédures.
Le portefeuille d’entreprise introduit également une gestion numérique des mandats et des droits de représentation. Une entreprise pourrait attribuer à des représentants des droits leur permettant d’agir en son nom, notamment pour signer des attestations, des déclarations ou des documents.
Il réunirait enfin plusieurs fonctions aujourd’hui dispersées : signature et cachet électroniques, soumission de documents, réception de notifications et échanges sécurisés. Il intégrerait notamment un service d’envoi recommandé électronique qualifié, destiné à permettre des échanges juridiquement valables.
L’ambition est de fournir une infrastructure commune pour les interactions professionnelles transfrontalières, notamment grâce à un annuaire numérique européen.
L’Allemagne soutient le compromis du Conseil, tout en demandant de le renforcer. L’Espagne veut préserver la continuité des solutions nationales déjà utilisées (déclarations des deux États).
Dans la position du Conseil, une action réalisée avec une fonction centrale du portefeuille pourrait avoir le même effet que son équivalent papier ou en personne, lorsque les deux fonctions sont équivalentes. Cette reconnaissance dépendrait toutefois des procédures nationales. Une autorité aurait aussi soixante jours pour examiner la demande d’un fournisseur. Ce délai ne vaudrait pas autorisation automatique.
Comprendre ce que montre AltID
Le 3 juin 2026, le Danemark a lancé AltID. Les citoyens peuvent réellement télécharger et utiliser cette application nationale. Sa première version contient un justificatif d’âge et une carte d’identification (annonce du lancement).
Les organisations disposent aussi d’une documentation, d’une version d’essai et d’un outil pour tester la vérification (documentation technique).
Les citoyens utilisent donc l’application réelle. De leur côté, les organisations préparent leur intégration dans un environnement d’essai.
AltID est bien un service en production. Son lancement ne prouve cependant pas que le Danemark possède déjà un EUDI Wallet complet et certifié.
L’agence danoise déploie AltID par étapes pour satisfaire progressivement les exigences d’eIDAS 2.0. Son registre actuel de vérifieurs appartient encore au système national AltID (mise en œuvre danoise).
Un projet publié par l’ENISA en avril indiquait qu’au début de 2026, le déploiement et la certification d’un EUDI Wallet n’avaient pas encore eu lieu (projet de schéma ENISA).
Limites
Cet article décrit la situation au 26 juillet 2026. Les spécifications ETSI continuent d’évoluer. Le portefeuille d’entreprise reste une proposition de règlement. AltID reste un service national en cours d’évolution.
La certification demande aussi une explication. Elle sert à vérifier formellement qu’un portefeuille respecte les règles prévues. Pour une équipe logicielle, le schéma de certification joue le rôle d’un plan de tests obligatoire : il indique les contrôles à réaliser et les preuves à fournir.
L’article 5 quater du règlement eIDAS 2.0 impose la certification des EUDI Wallets. Il impose aussi celle du système d’identification électronique dans lequel ils sont fournis.
Le règlement d’exécution 2024/2981 encadre la transition. Chaque État doit mettre en place un schéma national transitoire à temps pour les premiers portefeuilles. Ces schémas suivent déjà des exigences européennes et un registre commun des risques (chapitre 7 de l’ARF).
L’ENISA prépare en parallèle un schéma européen consacré à la cybersécurité. Une consultation publique a eu lieu en avril 2026. Une fois ce schéma adopté, les États l’utiliseront à la place de la partie cybersécurité couverte par leurs schémas nationaux. Des règles nationales pourront rester nécessaires pour vérifier le bon fonctionnement du portefeuille (suivi ENISA).
Conclusion
Les trois nouvelles correspondent à trois étapes différentes. L’ETSI publie des règles techniques que les équipes peuvent utiliser. Le Conseil adopte une position sur un texte encore en discussion. Le Danemark met une application nationale à la disposition des citoyens.
L’écosystème avance donc sur plusieurs sujets en même temps. Une spécification publiée, une position politique ou une application nationale ne suffisent pas, prises séparément, à démontrer qu’un EUDI Wallet complet et certifié fonctionne déjà partout en Europe.